Al-Rubaish, Ibrahim
Ibrahim al rubaish enseignait au Pakistan quand il fut arrêté par des mercenaires et vendu aux forces alliées. Théologien opposé à l’hostilité qui fut candidat au poste de juge, Rubaish a une fille, née juste trois mois avant sa capture et à présent âgée de cinq ans. Au cours d’une audience militaire administrative on lui a annoncé simplement : « si vous êtes considéré comme une menace, vous serez détenu. Si vous n’êtes pas considéré comme une menace, nous recommanderons votre relaxe. Maintenant dites-nous pourquoi nous devrions vous relâcher ? » Ce à quoi Rubaish a répondu, « dans le monde des cours internationales, une personne est présumée innocente tant que l’on n’a pas établi le contraire. Pourquoi ici une personne est-elle présumée coupable tant qu’on n’a pas établi qu’elle est innocente ? »
Ode à la Mer
Ibrahim al-Rubaish
Ô Mer ; parle moi de ceux que j’aime.
si je n’étais pas retenu par les chaînes des impies,
j’aurais plongé en toi
et rejoint ma famille adorée
ou péri dans tes bras.
tes plages sont tristesse, captivité, douleur,
injustice.
ton amertume consume ma patience.
ton calme est comme la mort,
tes vagues balaient le sable, insondables.
le silence qui émane de toi cache la traîtrise dans
ses plis.
s’il continue, ton calme tuera le capitaine,
et le navigateur se noiera dans tes vagues.
douce, sourde, muette, ignorante, tempêtant avec
colère,
tu transportes des tombes.
si le vent t’enrage, ton injustice est évidente.
si le vent te fait taire, seuls demeurent ton flux et
ton reflux.
Ô mer, nos chaînes t’offensent-elles ?
sache que c’est sous la contrainte que nous allons
et venons chaque jour.
Connais-tu nos pêchés ?
Comprends-tu qu’on nous a jetés dans ces
ténèbres ?
Ô mer, tu nous nargues dans cette captivité.
Complice de nos ennemis, tu nous surveilles
cruellement.
les rochers ne te content-ils rien des crimes qu’ils
ont commis ?
Cuba la vaincue ne te raconte-t-elle pas ses
histoires ?
toi qui as été à nos côtés pendant trois ans, qu’as-
tu gagné ?
des bateaux de poésie sur la mer ; une flamme
enfouie dans un cœur brûlant.
les mots du poète sont la source de notre force ;
ses vers sont du baume sur nos cœurs endoloris
Traduction: Keyvan Sayar
© Poèmes de Guantanamo, Ed°Biliki, 2009
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